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Un art en mouvement – Transnomades 2013

Dans le cadre de la Quinzaine numérique, la capitale bruxelloise s’est vue accueillir un évènement des plus intéressants. Du 4 au 6 octobre, ont eu lieu “Les Transnomades-Art(s) en réseau(x)”, une exposition mettant en avant les Arts Numériques et plus particulièrement les nouvelles formes de création liées au réseau. “Les Transnomades 2013 – Art(s) en réseau(x)”, est l’aboutissement d’un partenariat entre Transcultures et le service de la culture de la commune de Saint-Gilles. Cet évènement est dédié “aux différentes formes d’arts connectés, reliant plusieurs lieux saint-gillois, mais aussi des artistes belges et internationaux et divers acteurs de ces pratiques innovantes qui utilisent les possibilités des réseaux.”

4 octobre 2013, 18h30 : vernissage des Transnomades-Art(s) en Réseau(x). C’est à La Maison du Peuple que se déroula cette première partie de l’exposition –didactique- correspondant au lancement du site spamm.be (en partenariat avec Systiame stimulateur de spamm.fr, le Super Art Moderne Musée). Sur sept grands écrans différents étaient diffusées une suite d’œuvres web art. Chaque écran passait en “boucle” un ensemble certain de succession d’images, de formes géométriques ou autres, tous les plus insolites les uns que les autres. Les résultats étaient particulièrement fascinants.

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La photo ci-dessus représente des crânes tournant sur eux-mêmes. Bien que l’animation était, certes, répétitive, le rendu de ce travail offrait un réel impact visuel. Cette “boucle” envoutait, en quelque sorte, le spectateur, et l’emportait dans un monde tourbillonant. La majorité des autres œuvres, très diverses, en ce lieu avait ce type d’effet.

Je m’attarderai ici sur une des oeuvres de ce vernissage qui m’a particulièrement touchée : Une des “maps” du célèbre jeu Pokémon, avec pour seul texte “Zombies !”, clignotant, c’est-à-dire, passant du blanc au noir, du positif au négatif. Mais comment quelque chose d’aussi simple et… insignifiant, si je puis dire, peut autant attirer mon regard ? La simple raison est que cela évoque en moi une grande nostalgie, mais d’un autre côté, cette œuvre me fait énormément rire, j’ignore pourquoi et comment, mais c’est particulièrement hilarant.

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La belle à la boîte dormante

Après la Maison du Peuple, direction le bas de Saint-Gilles, à la Maison des Cultures où étaient décerné par l’Echevin de la Culture de Saint-Gilles, un responsable de la cellule arts numériques de la Fédération et un représentant de la COCOF, les prix Mobile performance, installation et deux pour les émergences.

Dans la salle de spectacle, nous avons pu assister à la performance “SleepingBeauty”, une sorte de “Belle aux Bois Dormant” en version plus hardcore, dirons-nous. Sandra est profondément endormie, nue, dans une boîte opaque et où probablement peu d’air circule dans. Cette boîte analyse le moindre de ses battements de cœur, sa respiration, son humeur, sa tension… Bien qu’isolée et coupée de (presque) tout le monde extérieur, Sandra reste néanmoins énormément observée, encore plus que ne l’est un patient d’hôpital…Le seul “contact” avec “l’extérieur” pour Sandra est son compte facebook. Le spectateur lui envoie des messages, mais Sandra n’y répond que par la voix de l’intelligence artificielle qui analyse le moindre de ses gestes.

“Sandra, que peux-tu donc ressentir, seule dans cette boîte ?”
“Ne veux-tu pas qu’on te tienne compagnie ?”
“Si tu te sens seule, tout ce que tu as à faire est de sortir de cette boîte…”
“Mais tu ne veux pas en sortir, je me trompe ?”  

En retournant et en creusant le sens qu’ont voulu faire passer les créateurs de ce projet, “Sleeping Beauty”, on pourrait l’interpréter de maintes et différentes manières, toutes probablement opposées. À quoi pouvaient donc bien penser ces artistes lorsque l’idée d’ “enfermer” “une femme nue dans une boîte an compagnie d’une intelligence artificielle qui lit n’importe lequel de ses mouvements” leur est venue en tête ?

À première vue, “SleepingBeauty” peut sembler comme étant une excellente idée. Qui donc n’a jamais eu envie de parler à la belle endormie, de lui envoyer de doux messages (ou peut-être pas toujours…) et d’en recevoir une réponse positive ? Qui n’a jamais voulu savoir ce qu’un humain dans une boîte pouvait penser ou ressentir ? Sans pour autant ne jamais entendre le son de sa voix, ni que ses lèvres ne bougent. Comprendre les émotions d’une personne avec uniquement des chiffres, et une IA pour les dire à haute voix, tel est ce qu’on pourrait penser de ce “Sleeping Beauty”.

Mais en réfléchissant un peu plus à ce sujet, il y avait comme quelque chose de “pervers” derrière tout ça.

Sleeping Beauty_LE CLAIR OBSCUR3_Transnomades-2013Sandra était-elle dans la boîte parce que c’est son genre de lit fétiche ? Y était-elle de son plein gré ? Ou alors, comme dans le fameux jeu “Portal”, était-elle sujette à des expériences où on lui promet diverses belles choses alors qu’à la fin, on ne compte que l’éliminer ?

Sandra était donc seule dans cette boîte mais pouvait-on affirmer qu’elle était réellement vivante ? Et que ce n’était pas l’IA qui mettait tout sur pied pour nous faire croire au bon déroulement de l’expérience ? Sandra, la « belle au monde dormant », séparée de nous par une simple boîte opaque, où, ni son monde, ni le nôtre, ne sont connectés sinon via facebook.

Une beauté effrayante

Parmi toutes les œuvres exposées dans la salle de vernissage, nombre d’entre elles étaient quelque peu… effrayantes. Gros clin d’œil à la tête de femme qui ouvrait et refermait sa bouche continuellement et parfois agitait sa tête dans la manière la plus “scary” qui soit, le tout sur un fond de musique assez inquiétante… De quoi donner des cauchemars à des petits enfants. Et pourtant ! Bien que cette œuvre fut légèrement horrifiante, elle avait un énorme charme ! Du charme, où ça ? Dans son horrifiante répétition, pardi ! Ce charme effrayant, pourtant envoûtant, amène le spectateur à s’intéresser plus au fonctionnement, au mécanisme de l’œuvre. Il se dit “comment cette chose se fait-elle ?” et est hypnotisé, aspiré dans cet art des plus étranges. Ce mécanisme de “répétitivement en boucle” attire inexorablement les regards de quiconque passerait à côté.

Transnomades-2013_Transcultures_webartwall6.jpgSi lointain si proche

Pour être encore plus honnête – si je peux me permettre – , l’exposition en elle-même était intéressante mais ne m’attirait ni ne me fascinait particulièrement. Ma notion de l’art a, jusqu’à il y a quelques années de cela, été celle d’une œuvre que je pouvais sentir, toucher et renifler. C’est quelque chose avec lequel je pouvais sentir une certaine proximité. Aujourd’hui, je je pratique et étudie le numérique, et par conséquent, ma vision de l’art a changé. Mais le fait que ce doit être quelque chose de “proche” à mes yeux ne s’altérera pas. Cet art devrait permettre de “réchauffer” de par sa “proximité” avec son spectateur.

Il est vrai que les expositions des Transnomades et ses multiples écrans ne mettaient pas en avant ce type de “proximité”. Mais il est vrai que rendre l’art numérique plus “proche” du spectateur est bien plus difficile à réaliser que dans un musée, car à la différence d’un musée où chaque œuvre exposée est bien réelle, le lieu d’exposition numérique, lui, possède ce filtre qui sépare le réel de l’irréel. Et c’est sans doute qui le rend si “froid” et si “lointain” mais aussi si interpellant…

Nou Leaksmey